Samedi 27 décembre 2008
Ouf… nous voila arrivés !!!!!!!! San Francisco !!! Quel instant magique que de glisser de nuit sous le Golden Gate Bridge sous voiles après 18 jours de mer. Récit d’une traversée bonne dans l’ensemble malgré le froid et quelques soucis de moteurs :-).


The Golden Gate Bridge, door of the San Francisco Bay, landmark of the arrival.

 

Nous quittons Honolulu avec Jack a bord, un Polonais-Canadien qui remplace maintenant Martine. Sous le soleil de fin de journée, nous doublons la pointe sud d’Oahu qui offre un relief superbe d’île volcanique aux plis rocheux tapisses de verdure. Dommage que nous n’ayons eu qu’un bref aperçu de l’île ; encore un endroit ou il faudra revenir… La nuit tombe sous le regard d’un duo d’exception : Vénus et Jupiter se font la cour, proches dans le ciel comme rarement. Sur tribord, le phare de Molokai nous accompagne toute la nuit. Les vents, perturbés par le relief escarpé des îles, jouent avec nos nerfs. Ariser, renvoyer, affaler… vivement que j’aille dormir.

Deuxième jour de mer et mauvaise nouvelle, le moteur tribord est mort, le circuit d’huile et infesté d’eau, même pas la peine d’essayer de le redémarrer. Il nous faudra maintenant compter sur les bons services du moteur bâbord. Stressant d’ailleurs, avec le froid qui nous entoure un peu plus chaque jour, monsieur devient capricieux et est lent a démarrer… Jusqu’à finalement se mettre en grève à 10 jours avant l’arrivée... Essayons encore une fois, non rien à faire. Ahhhh, plus moyen de recharger les batteries, donc plus d’énergie. Plus de pilote auto, plus de feux de nav ni d’instruments de navigation, plus de radio ni de prévision météo, plus de pompe a eau… Passer en quarts raccourcis, a barrer 24h/24 dans le froid et les embruns, bref, la merde. La perspective de ces réjouissances incite a essayer des tas de choses, et 4h plus tard, Jack et Mike trouve une option salutaire : mettre en parallèle la batterie de démarrage du moteur bâbord avec celle du moteur tribord HS. Ouffffffffff, assez de jus, et un immense cri de victoire. Nous avons tous le cœur léger en voyant notre ‘peine’ s’alléger ; retour à notre routine qui soudainement nous parait bien luxueuse. Tout est une question de relativité !

 

Steph fine tuning the radio to receiving weather faxes... when is this bloody weather going to stop ?!?


Pas de doute, nous faisons route au nord et le froid se rapproche. De 24°C, l’eau de mer passera a 5°C en 18 jours… Fini les douches d’eau de mer, et il faudra utiliser la bouilloire pour avoir un peu d’eau chaude ; soit dit en passant, la meilleure invention qui soit.

 

Côté faune, un oiseau gris se posera sur le bateau pour se reposer. A plus de 700 miles de la première côte, il devait être claqué. Je l’observe faire sa toilette, et… m’enfin qu’est-ce que c’est que ça ? Le voila qui dégueule, il a le mal de l’air ! Aller, ouste, reprend ton vol gros beta. Nous laisserons échapper un gros mahi-mahi avant de nous régaler d’un plus petit. Le poisson des tropiques va me manquer. Et c’est tout pour la pêche ? Ah non, car le Pacifique nord est une vrai poubelle ; les déchets des Etats-Unis et d’ailleurs s’accumulent au cœur de l’anticyclone dominant, et y restent. Quand ce n’est pas une hélice, ce sont nos leurres qui attrapent des morceaux de corde énormes, et nous voyons des caisses, des morceaux de plastiques, des bidons dériver à nos côtés. Heureusement, nous n’avons rien heurté.

 

A tired friend landing for a rest. But who knew  he was going to be sea-sick  :-) ??

Oups, sorry, this one is not a mahi-mahi. Damn rubish in the Pacific.


600 miles de l’arrivée : la météo se corse, mais on s’y attendait en cette période hivernale. On a d’ailleurs été chanceux de ne pas avoir vu plus gros. Une dépression descend de l’Alaska le long de la côte ouest américaine, entraînant avec elle un vent glacé. Pendant 5 jours, la cata se bat dans de courtes vagues de 4m qui nous frappent par le travers, et des vents de 40kts ‘on the nose’. Nous avançons avec 4 ris dans le génois, autant dire qu’il ne reste pas grand-chose en toile, mais filons toujours à 5-6kts. Nous entendons des rafales plus fortes siffler sur le gréement, et de temps à autre, une méchante vague épaule le cata, envahit le cockpit, et… inonde l’intérieur. Sentiment d’impuissance à regarder 200L d’eau rentrer dans le carré en 30sec. Prendre les choses patiemment sans s’énerver, et passer l’heure suivante a tout éponger :-) La mer vous rend petit et humble. A grêle frappe les hublots et le pont, les tropiques me manquent. Mais quand cela va-t-il s’arrêter ? On finit pas trouver le temps long. Je persiste et continue à faire de la pâtisserie et du pain frais. Je brevette le « Storm Bread » avec salopette et veste de quart sur le dos, entre deux prises de ris, délicieux :-).

 

Last day at sea and finally running under spinnaker. Good fun at the helm.


Et finalement, San Francisco est en vue. Nous approchons de nuit, guidés par les feux de chenal et les lumières de la ville qui éclairent les collines. En cette nuit nuageuse sombre, des dauphins jouent, sautent et font la course dans notre étrave, excitant le plancton qui rend leur sillage fluorescent. Magique. Il y a du trafic, Mike et moi avons les yeux grands ouverts pour repérer les porte-conteneurs et cargos qui entrent et sortent de la baie. Une tasse de thé à la main pour se réchauffer, nous nous rapprochons. Et à 1h du matin, nous glissons finalement sont génois sous le Golden Gate Bridge.

            Moment chargé d’émotions.

            Depuis le temps que je rêvais de passer de l’autre côté du pont…

            Symbole magnifique d’une longue traversée du Pacifique.

            Fin d’un grand voyage, enfin arrivés à destination.

            Et bien sur, immense sentiment de satisfaction et d’aboutissement. Croyez moi, 100 fois mieux que d’arriver en avion.

Je savoure un grand sourire aux lèvres, et les yeux qui pétillent malgré le froid et la fatigue. La baie est un miroir, la ville et ses gratte-ciels apparaissent sur tribord. Direction la marina, nous amarrons notre fidèle vaisseau à 3h du mat, et coupons le moteur. Les oreilles bourdonnent d’entendre ce silence bruyant, dérangeant et déroutant que l’on avait oublié… mais nous nous écroulons tous de fatigue.


Le lendemain sera faste : bière fraîche dès 10h, puis champagne plus qu’apprécié avec les proprios. Une douche chaude délicieuse, un dîner de ‘Dungenes Crab’ frais, du vin et du champagne a gogo, et une nuit dans un grand lit confortable et chaud… Yes, very spoiled.

San Francisco and the bay Bridge, from Alameda channel.

Drinking champagne with the boat owners after the arrival, such a treat !


A satisfyied skipper. Well done Mike !

Back on land, and just about to cook the Dungenes Crabs for a wonderful diner !


Par Stéphanie - Publié dans : South Pacific
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